Les salles d’attente de l’Europe

Pendant deux ans j’ai suivi la frontière Sud de l’Union Européenne pour mener un reportage sur la crise de l’immigration qui touche cette région. Cette zone présente une problématique unique par rapport aux questions d’immigration car de par leur situation géographique ces pays sont les premiers à «accueillir» les migrants. Si les routes qui mènent à l’Europe sont diverses, elles ne le sont tout de même pas assez pour offrir un grand choix de pays par lesquels les migrants peuvent tenter de passer: l’Espagne, l’Italie, Malte et la Grèce sont des points d’entrée privilégiés vers l’Europe. Cependant à cause d’un manque d’aide de la part des autres pays de l’Union, et du nombre écrasant de demandeurs d’asile se pressant à leurs portes, ces pays sont transformés en immenses plates-formes d’attente: des limbes administratives et politiques.

Cet état de fait est en train d’être institutionnalisé par des législations européennes visant à contenir les migrants dans ces pays qui ont le malheur d’avoir une frontière en commun avec la Méditerranée. La loi emblématique de cette politique est le règlement de Dublin II. Suivant ce décret du Parlement Européen, mis en place en 2004, tout réfugié arrivant sur le territoire de l’Union, doit faire sa demande d’asile dans le premier pays où il se trouve, et y rester jusqu’à ce qu’une décision soit prise sur sa demande.

Les migrants doivent donc attendre, parfois pendant des années, que les autorités locales prennent une décision sur leur cas, décidant si ces personnes doivent rester, être envoyées dans d’autres pays européens, ou renvoyées chez eux. Cette attente, incertaine et inexpliquée, et prenant place dans des conditions de vie précaires, est un poid énorme pour les migrants. L’angoisse, la frustration, et la colère des migrants pris dans ces zones transitoires, sont les principaux sujets de ce reportage. Pour mener celui ci j’ai exploré les camps de réfugiés de Malte, de Ceuta (enclave espagnole sur le territoire marocain) et de la Grèce (Athènes et Patras) qui font partie des ces «pays tampons ». Mais les photos présentées ne sont pas classées en fonction de l’endroit où elles ont été prises, car ce projet veut démontrer qu’il s’agit d’un problème européen, et non local. Les photos ne cherchent pas non plus à représenter le quotidien de la vie dans les camps, car ce sujet à été largement traité par les photojournalistes. Pour la même raison j’ai employé une esthétique qui ne vient pas du langage du photo-journalisme, mais se concentre plus sur comment communiquer l’état d’esprit des personnes rencontrées, utilisant souvent les photos à un niveau symbolique.

Ce projet veut montrer que la décision finale, régularisation ou rejet du migrant, n’est pas aussi importante que de s’assurer qu’elle soit prise rapidement, pour éviter aux personnes de perdre des années de leurs vies inutilement.

Les commentaires sont fermés.